En parcourant les photos de ces deux dernières années, j’ai été frappé de voir à quel point la pandémie et le rétrécissement de vie qu’elle a généré ont marqué les traits. Alors que le temps s’est tantôt démesurément dilaté, tantôt brusquement accéléré, au point que personne ne comprend comment le printemps peut (déjà !) pointer le bout de son nez quand l’hiver précédent semble toujours pris dans un épais brouillard.
Les visages sont la preuve vivante que quelque chose nous est arrivé. Et ce, quel que soit l’âge de la personne.
C’est plutôt une forme de gravité qui a gagné tous les regards. Cette gravité, au sens premier, tire vers le sol, rappelle notre propre poids, distend la matière. À croire que le virus s’en est aussi pris à nos réserves de collagène existentiel. Le négatif travaille. On peut y voir une métaphore des effets de la pandémie : elle ne nous a pas anéantis - ni rendus plus forts - mais nous a transformés en quelque chose d’autre.
Ce changement plus ou moins perceptible, on aime généralement le traquer sur les visages des personnalités politiques. En deux mandats, on avait vu les cheveux de Barack Obama blanchir. “Le pouvoir marque”, analysera-t-on doctement sur les chaines de TV. Le poids de la nation et des événements, vous comprenez. La seule différence, c’est que cette fois, nous l’avons tous collectivement porté*.
* Malheureusement la suite des événements du monde n’est pas meilleure...
Christian Cordt-Moller, Pharmacien FPH / propriétaire